Le plan de relance régional a été adopté il y a trois mois.
Il y a trois mois il n’était pas encore possible de tirer tous les enseignements de la crise. Il y a trois mois la Présidente de Région renvoyait à la rentrée pour un second plan de relance, articulé avec celui de l’État, notamment pour accompagner les filières industrielles. Pendant trois mois il s’est pourtant passé beaucoup de choses, la crise s’est installée dans la durée, des emplois ont été détruits, les entreprises souffrent, les associations également, la pauvreté augmente partout. Depuis fin août la situation sanitaire se dégrade et de nouvelles restrictions, absolument nécessaires, vont conduire à une nouvelle baisse d’activité.

Trois mois après notre session de juillet nous nous retrouverons demain, jeudi 15 octobre, et quel nouveau plan d’action va nous présenter la majorité régionale ? Aucun ! C’est avec stupéfaction et incompréhension qui nous faisons le constat de l’absence de réactivité et d’adaptation de la majorité régionale. Les temps que nous vivons sont pourtant ceux de l’urgence : urgence sanitaire, urgence sociale, urgence économique, urgence écologique.

Les périodes de crise doivent être des périodes de transformation qui appellent une ambition collective. Les acteurs ont besoin de perspectives claires et de signaux d’engagement forts qui redonnent l’espoir dans l’avenir.

La Région peut faire plus et plus vite pour faire face aux urgences, pour défendre l’emploi, pour préparer l’avenir, pour accélérer la transition écologique et énergétique. D’après les chiffres de la majorité régionale, les dépenses nouvelles d’investissement entre 2020 et 2023 ne seront que de 300 millions d’euros, seulement 15 à 20% de plus que ce qui était prévu avant la crise. Cet effort n’est pas à la hauteur des enjeux.

Une session « comme si de rien n’était » et une « relance fantôme » sans prise sur le réel. Les mots adéquats sont difficiles à trouver et nous ne voulons pas ouvrir de polémique inutile, mais nous nous interrogeons toujours sur les raisons d’une telle impasse pour cette session qui aurait pu être l’occasion de renforcer notre mobilisation collective face à la crise et à ses enjeux.

Une urgence sanitaire
Afin de contribuer à l’urgence sanitaire nous demandons une limitation des activités régionales non essentielles : annulation des grandes manifestations et des rencontres avec les Maires, fin des déplacements de « communication » de la Présidente et des élu.e.s, démarches de la Région vers les organisateur.rice.s des manifestations qu’elle finance.

Nous demandons également une réunion des président.e.s de groupe au Conseil régional pour examiner les mesures à prendre pour le personnel de la Région et les lycées.

Une urgence sociale
Plus 10% de RSA, plus 30% de demandes d’aide alimentaire, 20% des salarié.e.s les plus modestes qui ont dû puiser dans leurs économies pour boucler les fins de mois… La situation sociale se dégrade rapidement. Nous demandons un nouveau plan de soutien aux associations d’aides au plus fragiles et une baisse importante des tarifs de la restauration et des transports scolaires pour les plus modestes.

La région compte 26 000 chômeur.euse.s de plus entre février et août (+ 8,4% selon les derniers chiffres disponibles). Pourtant le Conseil régional, dont c’est la compétence, n’a voté des crédits que pour en former seulement 6000 de plus. Au moment où un nouveau ralentissement de l’activité économique est à craindre il est urgent de réunir la conférence sociale et de mettre en place un plan complémentaire d’accompagnement de formation des chômeur.euse.s.

Les associations culturelles, sportives, sociales et de l’éducation populaire souffrent aujourd’hui terriblement. L’inscription de la crise dans la durée les empêche de tenir leurs activités habituelles et les prive de ressources. Cela met en danger la vie locale et les liens de citoyenneté et de solidarité. Nous demandons la mobilisation en urgence des 20 millions d’euros du Fonds régional résilience pour apporter des aides d’urgence en avances remboursables pour donner un bol d’air aux associations dans l’attente de solutions durables.

Une urgence économique et industrielle
Les annonces de suppressions d’emplois se multiplient dans l’industrie, notamment aéronautique et automobile. Les outils habituels de soutien aux entreprises, même renforcés, ne sont plus suffisants. La Région Occitanie a adopté son plan de soutien à la filière aéronautique en juillet, nous attendrions décembre. Nous avons besoin en urgence de plans d’action collective pour les grandes filières industrielles, des plans défensifs face à la baisse d’activité, offensifs pour investir et innover, et des plans de transformation pour adapter ces filières aux enjeux de la transition et diversifier les entreprises.

Nous demandons le retour de plans de redynamisation économique des territoires les plus touchés par les suppressions d’emploi comme le sud et l’est de la Sarthe.

Des dossiers emblématiques de l’avenir industriel de notre région ont aujourd’hui besoin d’une accélération. Nous demandons à la Région de relancer un projet de parc éolien flottant en mer, de débloquer le projet de cargo à voile de Neoline, de financer un démonstrateur de grande taille pour les films photovoltaïques souples du groupe Armor et de soutenir le projet d’usine de panneaux solaires français porté en Pays de la Loire par Systovi.

Une urgence éducative et pour la jeunesse
5000 décrocheur.euse.s supplémentaires ? 40 000 jeunes en grande difficulté scolaire ? Les chiffres sont flous mais la réalité est là, brutale : une partie de la jeunesse risque d’être sacrifiée. Le plan « un jeune, une solution » de l’État est vide et sans moyens et la Région l’accompagne sans réelle mobilisation. Nous avons besoin d’un plan massif mené en commun par la Région, les départements, les villes et le monde sociatif pour apporter à chaque jeune un accompagnement réel en partenariat avec l’Education nationale.

La Région prétend lutter contre la fracture numérique ? Seulement 1 lycée sur 10 a été concerné jusqu’à présent par la mise à disposition d’ordinateurs portables pour les lycéen.ne.s. Les besoins n’existeraient pas dans les autres. Un retard formidable a été pris alors que la remontée des contaminations fait courir le risque de nouveaux temps de formation à distance. Nous devons vite nous assurer que tous.tes les jeunes sont équipé.e.s en matériel et ont accès à une connexion internet.

Le chômage des jeunes a augmenté de 17% depuis février (+7700). De nombreux.ses jeunes ne trouvent pas de stages ou d’alternances, très nombreux.ses aussi sont celles et ceux qui ne trouvent pas d’emploi à la sortie de leurs études. Nous demandons un renforcement rapide des moyens des missions locales, un abondement par la Région des fonds départementaux et locaux de soutien aux jeunes et une prise de position pour une extension rapide du RSA aux jeunes de moins de 26 ans.

Une urgence écologique
La crise ne doit pas être le prétexte pour laisser passer des décisions contraires à la transition écologique et énergétique. Plateforme Amazon XXL à Montbert, méga-méthaniseurs à Corcoué et Puceul, accélération brutale et sans concertation du dossier du Carnet, réautorisation des néonicotinoïdes : ces sujets locaux et nationaux affectent directement les Pays de la Loire. La Région doit s’opposer à certains de ces projets et toujours plaider le dialogue avec les citoyen.ne.s.

Le contexte de la crise doit au contraire inciter à renforcer le soutien à l’économie locale et aux circuits courts et à pousser les feux sur les activités d’avenir : économie circulaire, énergies renouvelables, rénovation énergétique des bâtiments. La Région devrait aussi apporter un soutien complémentaire aux villes et territoires qui aménagent des nouvelles voies cyclables. Nous attendons de nouvelles initiatives en ce sens.

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