Le pays sort d’un mouvement social puissant, celui des gilets jaunes, qui témoigne d’une colère des Français et d’attentes très fortes de changement.

Depuis des mois, de très nombreux citoyens, et notamment des jeunes, se mobilisent pour exiger un bouleversement radical des choix collectifs pour lutter contre le changement climatique.

Les élections européennes viennent, une nouvelle fois, de bouleverser le paysage politique de notre pays. Mais au rythme auquel vont les ruptures dans les choix des électeurs, qui peut croire sa position durablement acquise ?

Face à ces interpellations radicales, chacun devrait faire preuve d’humilité et de modestie, tous les élus et toutes les formations devraient se considérer assignés à de fortes remises en cause et à une réinvention profonde de leur projet politique.

Au Conseil Régional comme ailleurs, la représentativité des élus est questionnée : en effet, les trois principaux groupes politiques qui siègent à la Région (LR, Centristes, SERR) représentent 80% des élus mais seulement 20% du corps électoral. Il nous faut donc tirer des enseignements de cette séquence politique et de ces scrutins.

Le monde politique est confronté à une interpellation puissante de la part des citoyens. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il se confirme et s’amplifie : les citoyens ne se sentent plus véritablement représentés. Ils demandent avec force davantage de dialogue et de coopération entre responsables politiques et acteurs de terrain. A nos yeux, ils demandent avec force davantage de justice sociale et réclament des actes concrets pour lutter contre les inégalités. Ils veulent des réactions, de l’action et des résultats. Il faut changer nos pratiques !

Si la gauche représente encore collectivement 36% du corps électoral dans notre région (contre 38% lors des régionales de 2015), sa fragmentation peut la rendre impuissante. Elle doit travailler à sa nécessaire reconstruction en trouvant notamment le chemin de l’union. La droite quant à elle sort exsangue de cette séquence politique avec 11% contre 27% en 2015. Nous ne nous en réjouissons pas, car ce n’est pas une bonne nouvelle pour la respiration démocratique de notre pays.

Face à cette situation, la droite régionale fait comme si elle pouvait échapper à cette interpellation alors que son chef, Bruno Retailleau, a été l’architecte du projet de François-Xavier Bellamy, après avoir été celui de la campagne de François Fillon.

De son côté, la présidente de région et sa majorité répondent invariablement : « nous gérons bien et nous avons réalisé 90% de notre programme ». Il s’agit de dépenser toujours moins, en rognant en priorité sur les mesures qui permettent de préparer l’avenir à l’image des politiques d’innovation et de soutien aux territoires. Sa majorité se limite à gérer l’institution régionale et intensifier ses actions de communication.

Pour Christophe Clergeau, « Cette séquence électorale oblige les élus à se remettre en cause. Personne ne peut s’en exonérer, le pire serait d’ignorer les messages des Français et d’attendre tranquillement des jours meilleurs sans que rien ne bouge. C’est pourtant le choix de la majorité régionale ; la Présidente de la Région, Christelle Morançais, choisit de regarder les trains passer et s’enferre dans l’immobilisme alors que la société évolue à toute vitesse. Elle a choisi d’ignorer les urgences face auxquelles les élus, particulièrement ceux qui sont en responsabilité exécutive, doivent agir : urgence sociale, urgence écologique et urgence démocratique. Les réalités du monde qui nous entoure imposent un changement de cap, une rupture dans les politiques régionales, et nous n’en voyons pas l’amorce. »

 La qualité de la gestion depuis dix ans est confirmée

Les documents présentés lors de cette session confirment le sérieux de la gestion financière de la collectivité depuis plus de 10 ans. Contrairement aux allégations de la majorité le rapport de la Chambre régionale des comptes joue son rôle critique vigilant mais ne conteste ni la trajectoire financière de l’actuelle majorité, ni celle de la précédente. Ses remarques portent des questions principalement techniques (méthodes comptables, protection des données…) qui s’adressent aux uns et autres.

Après trois ans de mandat, les chiffres sont sans appel : ce sont les politiques les plus utiles dont les budgets s’effondrent

La CRC rappelle par ailleurs qu’« après une nette hausse entre 2012 et 2014, la collectivité connait une forte baisse des dépenses d’investissement depuis 2015 ».
L’examen du compte administratif 2018 permet, à travers la comptabilité des crédits de paiement, de dresser un premier bilan de ce qui a été chaque année effectivement dépensé par la Région depuis 2015. Force est de constater, au regard de ces chiffres établis par la majorité régionale elle-même, que la Région a baissé la garde dans les domaines les plus stratégiques pour répondre aux urgences et aux attentes des citoyens, et pour préparer l’avenir des Pays de la Loire.

Entre 2015, dernière année de mandat de la gauche majoritaire, et 2018, on relève ainsi :
– une baisse de l’investissement global de la Région de plus de 18% ;
– une baisse de 80% sur le programme transition énergétique ;
– une baisse de 25% sur le programme développement et animation des territoires ;
– une baisse de 50% sur le programme vie associative, égalité entre femmes et hommes et lutte contre la grande précarité ;
– une baisse de 75% sur le programme autonomie des jeunes ;
– une baisse de 60% entre 2015 et 2018 pour l’innovation ;
– une baisse de 34% entre 2017 et 2018 pour les actions de soutien à la recherche, première année de baisse massive qui sera suivie d’autres puisque tout projet nouveau est arrêté depuis 3 ans.

« Quand on arrête d’investir, il est normal de beaucoup moins dépenser ! Or, l’investissement d’une collectivité est essentiel au dynamisme d’un territoire qui doit pouvoir compter sur l’impulsion et l’accompagnement des pouvoirs publics locaux. Le compte administratif pour 2018 valide ce que nous expliquons depuis des mois ; à savoir que la majorité a complètement baissé la garde ! Elle a choisi d’attendre l’arme au pied la fin du mandat puisque par ailleurs le budget supplémentaire 2019 ne donne aucun signe de relance de l’action régionale » indique Frédéric Béatse, conseiller régional.

La preuve par six que la Région va dans la mauvaise direction

Ce que nous disent les mobilisations actuelles – des gilets jaunes aux jeunes pour le climat – c’est qu’il est impératif de répondre aux urgences écologiques et sociales. « Malheureusement, la Région ignore les grands changements auxquels nous devons faire face. L’évolution de la société et le devenir de la planète sont des sujets minorés par la majorité. La Région doit pourtant jouer un rôle d’éclaireur et doit être actrice des  transitions. Elle ne le fait pas et nombre de ses décisions vont dans le sens inverse de ce qui est souhaitable, éclairant l’impasse dans laquelle les Pays de la Loire s’enferment », explique Christophe Clergeau.

En voici la preuve à travers 6 dossiers d’actualité particulièrement symboliques :

  • Pas de mobilisation face à l’enjeu de la transition écologique et énergétique:
    • Aides régionales aux industries agroalimentaires: les soutiens actuels continuent trop souvent à favoriser un modèle du passé. Nous demandons à la majorité régionale d’engager une refonte de ces aides et d’aller beaucoup plus loin dans l’exigence de critères stricts sur l’évolution des pratiques agricoles et alimentaires. Sur les questions du suremballage, du zéro déchet, de la culture sous serres notamment, elle doit sans plus attendre se mettre au diapason de la société, des modes de consommation et de l’urgence écologique !
    • Mobilités propres: Dans le cadre du remplacement du ferry Insula Oya assurant la liaison maritime avec l’Île d’Yeu, la Région prévoit la construction pour un montant de 20 millions d’euros d’un navire équipé d’une motorisation diesel. Ce choix, qui va à l’encontre du bon sens, est inacceptable. Une autre technologie existe et est immédiatement disponible, celle du gaz naturel liquéfié (GNL), qui est bien moins nocive pour l’environnement, même si elle présente un surcoût. La Région a fait un choix financier contre le climat.
  • Pas de réponse pour plus de justice sociale et moins d’inégalités:
    • Inégalités entre les territoires: Si les Pays de la Loire ont le taux de chômage le plus faible de France, au sein même de la région il varie du simple au double. Les inégalités entre territoires sont criantes. Nous demandons depuis des mois de rompre avec une approche uniforme et artificielle de la ruralité pour concentrer l’action régionale sur les territoires les plus fragiles, comme par exemple le Sud-Sarthe. La catastrophe d’ArjoWiggins vient cruellement confirmer notre approche : pendant trois ans l’inaction a régné et il faut maintenant affronter les drames humains et l’urgence sociale. Un plan d’action pour les territoires les plus fragiles est devenu urgent.
    • Aides aux particuliers pour la rénovation énergétique des logements : cette action devrait être prioritaire puisqu’elle permet à la fois de limiter les émissions de gaz à effet de serre, de lutter contre la précarité énergétique et de rendre du pouvoir d’achat aux citoyens en faisant baisser la facture d’énergie. Or, le durcissement des critères d’attribution de cette aide a conduit à l’effondrement du dispositif. Doté de 15,5 millions d’euros en 2015, il a été réduit à 4,15 millions d’euros en 2018. Le nombre de bénéficiaires est passé de 2315 en 2015 à 1036 en 2018.
  • Pas de réponse à l’enjeu démocratique :
    • Le besoin de dialogue renoué entre responsables politiques et acteurs de terrain, c’est tout l’inverse des grands-messes animées par la Présidente Christelle Morançais. Lors de ces réunions publiques, tournant à la communication à sens unique, la présidente a mis en scène son pouvoir personnel devant des vice-présidents muets et des salles se vidant au fil des heures. Où sont les propositions démocratiques, les nouveaux espaces de débat et de dialogue demandés par les citoyens ?
    • Soutien à la vie associative : Depuis trois ans la Région a réduit le soutien au monde associatif, notamment sportif et culturel qui est désormais privé de toute visibilité. Elle a aussi mis fin au dispositif des emplois aidés régionaux. Plutôt que de mettre en place des politiques solides et ambitieuses de soutien au monde associatif et aux initiatives collectives des citoyens, elle privilégie aujourd’hui une approche symbolique et de valorisation individuelle avec son projet de Fondation du bénévolat, qui n’est pas à la hauteur de l’enjeu démocratique et ne répond pas aux attentes des associations. Nous lui opposons notre proposition de plan de soutien au monde associatif que nous présenterons au vote l’assemblée régionale.

 

Retrouvez la vidéo de Christophe CLERGEAU

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