Janvier 2011, les projecteurs se braquent sur la petite commune de Grez-en-Bouère en Mayenne. La cause ? Une pollution avérée aux polychlorobiphényles, plus connus sous le nom PCB. Riverains et agriculteurs mobilisés depuis plusieurs années déjà, demeurent inquiets quant aux conséquences de cette pollution. Point d’étape avec Jean-Pierre Le Scornet, Vice-président du Conseil régional en charge de l’aménagement du territoire et de l’environnement.

Pour quelles raisons les riverains de Grez-en-Bouère sont-ils inquiets ?

Jean-Pierre Le Scornet : L’usine APROCHIM, située à Grez-en-Bouère, est spécialisée dans la décontamination de transformateurs électriques. Le problème n’est pas nouveau, déjà en 1987, une directive européenne de 1987 interdisait l’usage de la molécule de PCB (polychlorobiphényles) dans les appareils électriques car celle-ci est jugée cancérogène. C’est pourquoi des usines de décontamination sont présentes sur le territoire, notamment l’usine « Aprochim » de Grez-en-Bouère. Dès son implantation, il y a 23 ans, les riverains s’étaient mobilisés pour empêcher son ouverture. Depuis, on imagine aisément l’inquiétude des riverains, surtout quand, en janvier 2011, les autorités ont été informées d’un taux anormal de pollution aux PCB et ont aussitôt placé l’usine sous surveillance tout en les obligeant à réduire leur production de moitié. Cette pollution a entraîné l’abattage de plus de 400 bovins puisque des traces avaient été détectées dans le lait et dans l’herbe des exploitations. Pour les riverains et les agriculteurs, c’est une difficulté importante qui a des répercutions sur leur qualité de vie et sur la viabilité de leur activité.

En novembre 2011, l’entreprise a été mise en demeure, par la préfecture, de respecter les seuils d’émission en PCB.

Quel a été l’impact de cette pollution sur les habitants, les salariés de l’entreprise et le Conseil régional ?

Jean-Pierre Le Scornet : La pollution a eu de réels impacts sur la population : des centaines d’animaux ont du être abattus mettant en difficulté la survie économique des exploitations qui mettent parfois des années à se constituer un cheptel. C’est pour eux une difficulté financière et psychologique.

Avec mes collègue,s nous avons rencontré l’association « Terre et vie d’Anjou » et nous leur avons assuré notre soutien. Le Conseil régional, par la voix de Jacques Auxiette, a décidé de se constituer partie civile. Cela nous permettra d’accéder aux éléments du dossier et de faire toute la lumière sur la situation.

J’ai également eu l’occasion de rencontrer les salariés de l’entreprise Aprochim qui m’ont fait part de leur inquiétude du fait de la production à plus faible régime. J’ai expliqué qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause la filière mais qu’il était nécessaire que l’entreprise agisse avec exigence, transparence et excellence.

Où en est-on désormais ?

Jean-Pierre Le Scornet : Au début de l’année, la mise en demeure a été levée et l’entreprise a pu reprendre sa production partiellement. La préfecture a estimé que l’entreprise avait fait le nécessaire pour respecter les normes fixées. Désormais, Aprochim sera surveillée et des mesures seront effectuées pour éviter que cela ne se reproduise. Il faudra notamment être particulièrement vigilant.

Il reste désormais à attendre que la justice se prononce sur le préjudice. D’ici là, cela nous oblige (N.D.L.R, les collectivités) à être vigilants et à s’assurer du respect de l’environnement par tous les acteurs locaux et accompagner spécifiquement le territoire avec comme objectif les conditions d’un rebond.

Share This

Partagez l'article !