En session nous avons proposé ce vœu :

“Régulièrement, le débat sur le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne revient sur le devant de la scène. Ce fut le cas cette semaine.

Cette actualité peut paraître incongrue au moment où les enjeux de justice sociale, de lutte contre les fractures sociales et territoriales, de mobilisation pour réussir la transition écologique et énergétique devraient mobiliser toutes nos forces.

Ce débat peut paraître inutile, car après des années de réformes territoriales précipitées et approximatives les citoyens aspirent d’abord à de la stabilité et à de l’efficacité.

Mais ce débat existe car plus de 100 000 citoyens de Loire-Atlantique l’ont souhaité, et cette mobilisation démocratique doit être pleinement reconnue et respectée.

Le Conseil Départemental de Loire-Atlantique y a fait droit, son exécutif a eu le courage d’affronter les questions posées et de proposer des pistes de réponses ; ses élus se sont exprimés clairement, en refusant la rupture entre leur département et la région des Pays de la Loire et en renvoyant l’Etat à ses responsabilités républicaines.

Pour notre part nous entendons réaffirmer des principes simples et constants.

  • Un nouveau débat institutionnel sur les limites des régions n’est pas souhaitable.
  • Toute remise en cause des liens de solidarité et de destin entre les habitants des Pays de la Loire devrait être dénoncée et combattue. Nous refusons de déchirer une région qui est devenue une communauté de projet. Les liens entre les femmes et les hommes sont aussi importants que l’histoire, ces liens sont forts dans toute la région, ils le sont plus encore au sein de l’aire urbaine de Nantes qui s’étend largement également en Vendée et dans le Maine-et-Loire.
  • Si un scrutin devait intervenir pour trancher cette question, il devrait concerner l’ensemble des habitants des deux régions Bretagne et Pays de la Loire et leur proposer plusieurs options.
  • Nous nous plaçons dans la perspective de moyen terme d’une fusion des deux régions dont les relations d’interdépendance sont fortes et qui sont confrontées à des enjeux similaires. La question de la fusion ne se pose pas aujourd’hui, elle n’aurait de sens que dans le cadre d’un consensus au sein des deux territoires.
  • Un des intérêts d’une fusion serait de faciliter, au sein d’une région à 9 départements, le travail en commun des 5 départements de la Bretagne historique. Mais il n’est pas besoin d’une fusion des régions pour soutenir et amplifier les actions communes menées sur ce périmètre pour promouvoir la langue et la culture bretonnes, et la Bretagne comme marque commerciale et destination touristique.
  • Il n’est pas non plus besoin d’une fusion pour développer les coopérations inter régionales entre la Bretagne et les Pays de la Loire qui correspond aux intérêts des deux régions. Les politiques maritimes, agricoles, de développement économiques, de recherche, d’enseignement supérieur, de formation et d’innovation, mais aussi les politiques environnementales, de coopération internationales et d’action européenne devraient être étroitement coordonnées avant de devenir communes. Ces politiques communes doivent être construites en associant étroitement le réseau des villes des deux régions dont Nantes et Rennes forment l’épine dorsale. Par ailleurs, le renforcement des synergies entre la Loire-Atlantique et les départements bretons doit se poursuivre.

Dans ce contexte, nous avons besoin d’une région forte, unie et ouverte, qui sache prendre l’initiative et devenir le moteur de cette construction commune.

Plusieurs éléments contribuent aujourd’hui à nourrir notre inquiétude :

  • Notre région est elle-même traversée par de fortes tensions. La Vendée choisit de se tenir à l’écart de certaines politiques régionales, comme l’illustre le refus de l’entrée de la Région au sein de « Vendée expansion ». La Mayenne se dote d’un ambitieux site parisien comme si on pouvait exister à Paris en ordre dispersé.
  • Les velléités de fusion entre les départements du Maine-et-Loire, de la Mayenne et de la Sarthe, fortement affirmées, puis mollement démenties, affaiblissent notre cohésion et minent notre jeu collectif.
  • Les coopérations inter régionales sont en panne et aucune volonté de les dynamiser ne se manifeste malgré l’affichage ambitieux de la Présidente lors de son élection. Certes les relations entre exécutifs sont bonnes et régulières, nul ne saurait sous-estimer les difficultés, par exemple dans l’enseignement supérieur et la recherche, ni les conséquences de l’abandon par l’Etat du transfert de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes. Mais depuis trois ans nous n’avons jamais été saisis de la moindre initiative d’ampleur pour mettre en commun des politiques ou mener en commun de nouveaux projets structurants. Les Pays de la Loire tergiversent là où ils devraient être le moteur du rapprochement.
  • Très concrètement, le soutien régional à la langue et à la culture bretonne régresse d’année en année, traduisant un choix politique implicite de nature à freiner les rapprochements entre nos deux régions.

En conséquence, nous avons proposé que le Conseil régional des Pays de la Loire, réuni en session plénière le 19 décembre 2018 :

  • Réaffirme son attachement à l’unité des Pays de la Loire.
  • Exige de l’Etat qu’en cas de scrutin décisionnel, les citoyens des deux régions soient consultés sur plusieurs options définies avec l’accord des deux Conseils Régionaux.
  • Reconnaît une communauté de destin entre la Bretagne et les Pays de la Loire et s’engage à développer et intensifier les coopérations entre nos deux régions y compris autour de la culture et de la langue bretonne.
  • Souligne la nécessité de placer les enjeux inter régionaux au cœur de l’élaboration du SRADDET, du processus « Pays de la Loire 2050 », et de l’élaboration prochaine de la nouvelle stratégie de spécialisation intelligente et de la programmation des fonds européens.
  • Appelle l’Etat à apporter un soutien spécifique à l’ensemble Pays de la Loire – Bretagne, en priorité dans les domaines des transports, de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que des politiques maritimes, portuaires, et de soutien à l’économie bleue.
  • Rappelle à l’Etat qu’il doit tenir les engagements pris suite à l’abandon du transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes, que les réponses apportées doivent contribuer au rapprochement des deux régions, et dénonce le scandaleux retard pris dans ce domaine où presque rien n’est avancé alors que nous approchons du premier anniversaire de la décision.
  • Demande aux Conseils départementaux du Maine-et-Loire, de la Mayenne et de la Sarthe de renoncer définitivement et publiquement à tout projet de fusion qui contribuerait à fragiliser notre région.

Ces propositions ont été rejetées par la majorité régionale.

Christophe CLERGEAU
Président du groupe
Conseiller régional

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